Acrobates54

Chercher l’envol

juil 09 2014 Sophie Tessier

Laura

Entretien avec Laura Smith, première moitié du duo Pieklo/Smith, voltigeuse heureuse de renouer avec le cadre coréen et de l’associer au trampoline.

 

Comment as-tu débuté le cirque ?
J’ai commencé le cirque pendant ma dernière année à l’Université McGill à Montréal. J’alternais cours de trapèze ballant, cours à L’École nationale de cirque (ENC) et trampoline. C’était ma recréation après mes cours de génie mécanique. Je rêvais de devenir acrobate et de jouer pour un public, j’étais plus à l’aise dans ce monde que dans celui de l’ingénierie. Je cherchais un emploi en aéronautique et préparais l’audition à l’ENC en même temps. À la fin de l’année scolaire, je décroche un poste chez un constructeur de moteurs à réaction, toujours dans l’attente d’une réponse de l’école de cirque. J’ai sauté dans le vide et refusé le poste. Le soulagement était énorme quand j’ai enfin su que j’étais acceptée à l’ENC.

 

Et quel a été ton parcours ?
J’ai passé 4 ans à l’ENC et je me suis spécialisée en trampoline. J’adorais l’envol et je le cherchais partout. Je suis sortie avec un numéro de trampoline danse, mais après un an de travail je suis retournée à l’école apprendre le cadre coréen avec mon partenaire Mark.
Avant de venir en Europe, nous avons travaillé dans des cirques, une compagnie de théâtre, des événements corporatifs et nous avons crée notre propre compagnie et spectacle. Nous avons aussi monté un numéro de main à main. Ensuite nous sommes restés 9 ans avec le Cirque Plume à travers 2 créations, et dernièrement nous avons travaillé avec une compagnie de danse en Angleterre.

 

Comment as-tu accueilli la proposition de travailler avec Feria Musica pour Daral Shaga ?
Avec beaucoup de plaisir. Mark et moi avions envie de retrouver le cadre coréen après quelques années de pause. Le coréen me manquait et Philippe nous proposait de le travailler en lien avec le trampoline. Ce n’est pas que le côté technique de cirque qui m’intéresse, mais aussi le fait que ça soit un opéra avec chanteurs et musiciens live ; j’apprécie l’échange entre artistes et différentes formes d’art. Je n’ai jamais travaillé sur scène avec la vidéo et cette découverte m’intrigue.

 

Comment se passe le travail au quotidien ?
Beaucoup de recherche et d’apprentissage. Ça me pousse dans des directions nouvelles, c’est très bien ! J’aime beaucoup la découverte du coréen-trampo, je m’y sens bien. Le travail de mouvement sur les énormes échelles est nouveau pour moi et demande beaucoup de rigueur si je veux retrouver le style de mouvement recherché. Les mouvements de groupe aussi demandent beaucoup d’écoute entre nous cinq, cela prend beaucoup de temps. C’est très enrichissant et très fatiguant !

 

Que t’évoque le thème du spectacle, la perte d’identité, l’exil ?
Ma famille changeait de ville régulièrement quand j’étais enfant, j’ai appris à m’intégrer dans des écoles nouvelles, à me refaire des amis. Maintenant je suis une Canadienne qui habite dans les Cévennes. Dès que j’ouvre la bouche les gens savent que je ne suis pas d’ici et les questions suivent peu après. Et quand on me demande d’où je viens, je dis toujours Vancouver parce que ma famille habite là mais je n’y ai pas vécu beaucoup, je n’y suis pas née. Est-ce que je viens de Montréal parce que j’y ai habité longtemps ? Les Québécois ne seraient pas d’accord en tout cas ! Est-ce que je deviendrai cévenole dans quelques années ? J’en doute. Si je voulais/devais ‘rentrer chez moi’ je ne suis pas certaine de la destination.
Mais nous n’avons jamais été chassés de chez nous le peur au ventre. Nous n’avons jamais eu faim ou soif. Notre famille a toujours pu rester ensemble, libre dans ses déplacements, accueillie à bras ouverts. Ma vie n’est pas du tout comme celle des exilés dont on parle dans ce spectacle…

 

Photo © H. Amiel

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