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De fil en aiguille

nov 18 2014 Sophie Tessier

Entretien avec Giacinto Caponio, créateur vidéo, oeuvrant en étroite relation avec Fabrice Murgia depuis plusieurs années. Complice, et objectif.

 

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Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai commencé dans le médical. Et tout à fait par hasard, sur le net, j’ai découvert que je pouvais travailler dans la technique de spectacle. J’ai cherché des écoles, et je suis tombé sur la Fabrique de théâtre, à la Bouverie, qui propose des cours du soir en régie de spectacle, et, plus largement, tu y apprends la production, la scénographie, la gestion de compagnie. En tant que DJ, j’avais de bonnes bases en son et en lumière. Ces connaissances-là m’ont aidées à évoluer plus rapidement que les autres sur ma première année et 6 mois après le début de mes études, j’ai eu mon 1e contrat sur Othello le passeur à Mons avec Franco Dragone. Je devais faire un remplacement de 2 jours et il m’a gardé pour toute la création et la tournée. De fil et en aiguille, j’ai eu des contacts et à Mons et à Bruxelles. Et, fin de la première année, j’ai commencé à travailler aux Brigittines sur le festival, puis plusieurs CDD sur 2 ans. Et toujours de fil en aiguille, je me retrouve à travailler au Théâtre National sur Un uomo di meno de Jacques Delcuvellerie, un spectacle de 7h.

 

Et tu intervenais en tant que technicien vidéo ?

Pour tous ses jobs, je travaillais surtout en son et un petit peu de plateau et de lumière, pas du tout de vidéo. Quand le National m’a proposé un CDI en lumière, j’ai proposé de faire ¾ temps lumière et ¼ vidéo parce que je voulais développer cet aspect. Pour finir, je me suis retrouvé à faire un ¾ temps vidéo et ¼ lumière. J’ai appris sur le tas. La première créa, c’était Life Reset de Fabrice, j’ai fait la technique vidéo avec Arié Van Egmond. Et ça a bien marché avec Fabrice, il m’a proposé de faire la co-création vidéo d’Exils avec Jean-François Ravagnan, et, entre temps, j’ai pris la régie vidéo du Chagrin des Ogres. Puis, voilà le projet Ghost Road 1, Fabrice me propose de faire la création vidéo avec les images de Benoît Delvaux. Première création vidéo seul, avec la création lumière en même temps. De là, la compagnie Artara (cie de Fabrice) me propose un contrat comme directeur technique et créateur vidéo, c’est donc ce que j’ai fait sur Notre peur de n’être, avec Jean-François de nouveau.

 

Qu’est-ce qui t’a séduit dans le travail de vidéo ?

Ce qui m’a plu dans le travail, c’est l’utilisation de la vidéo autrement, de ne pas, bêtement, projeter un décor derrière une jeune fille, de ne pas être dans le figuratif. Sur Exils, j’ai amené une autre facette : la vidéo comme source lumineuse. J’ai appris sur le tas comment utiliser cette source et comment travailler en symbiose avec la lumière. Après, on utilise beaucoup la vidéo live, on essaie de la détourner, de ne pas juste filmer quelqu’un sur scène, mais chercher le détail ou transformer cette vidéo pour qu’elle devienne une texture ou qu’elle devienne scénographie.

 

Comment s’est passée la création de Daral Shaga, avec une donnée nouvelle pour toi, la présence du cirque ?

C’était un peu bizarre au début. Je n’avais pas vraiment travaillé avec le cirque avant. Il fallait apprivoiser les personnes sur scène, et voir, même au niveau lumière, ce qu’on pouvait utiliser ou pas, comment on allait pouvoir les filmer, en vidéo embarquée. Sur les premières sessions, il s’agissait vraiment de découvrir les acrobates, leur rythme de travail et leur manière de travailler. Puis tout s’est fait ici à Limoges. A Wolubilis, on savait qu’on utiliserait une Go Pro pour le cadre coréen mais on ne savait dans quelle scène. On savait que pour la scène de la mer on n’utiliserait pas la vidéo parce qu’il y a le plastique. Non, à Wolubilis, à part le rituel du début, les images n’étaient pas calées.

 

Peux-tu nous expliquer ta méthode de travail ?

Je travaille un peu comme Fabrice, j’ai besoin de voir les choses sur scène. Ecouter le texte ou la musique, oui, mais tant que ce n’est pas en place, je ne peux pas aller plus profondément dans la créa vidéo. C’est dû au travail de Fabrice, qui a ses images en tête, qui veut ses images théâtrales sur scène. Dans son approche, tout est mis sur le même niveau, la lumière n’est pas au-dessus des acrobates, la scéno n’est pas en-dessous. Tout le monde est sur un pied d’égalité. Vu que ce n’est pas ma 1e création avec lui, je sais ce que je peux proposer, je peux faire des tests. Par exemple, sur la scène 7, on est parti d’une texture de roses qui bougent et, sachant que c’était un complément de l’action scénique, on l’a transformée en simple fumée rouge. La difficulté du créateur, c’est de voir chaque jour ce qui se passe sur scène comme si tu ne l’avais jamais vu, pour remarquer les points faibles et pouvoir faire des changements. La première fois qu’une image apparaît, le moment peut être poignant mais comment avoir sans cesse un regard neuf ? Au premier filage, la création est loin d’être finie !!

 

© Photo Hubert Amiel

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