Entretiens

La création fait partie de notre mission

oct 28 2013 Sophie Tessier
La création fait partie de notre mission

Entretien avec Alain Mercier, directeur de l’Opéra-Théâtre de Limoges.

 

Comment définirais-tu le paysage opératique actuel ? Comment se positionne l’Opéra de Limoges dans ce paysage ?

Le réseau des opéras français se caractérise par sa faible densité (25 opéras) et par la stature très hétérogène des maisons qui le compose. Il bénéficie d’un fort soutien des pouvoirs publics. Il est très lié aux villes sièges et le financement des collectivités territoriales est prédominant. L’Opéra de Limoges est porté par la Ville de Limoges et bénéficie également du financement de la Région Limousin pour l’Orchestre de Limoges et du Limousin intégré en son sein. Sa mission est donc tout à la fois, lyrique, musicale et chorégraphique. Son aire d’attraction va, au-delà de Limoges et du Limousin, de la région Poitou-Charentes à l’Auvergne en passant par le sud de la région Centre. Il est membre de la Réunion des Opéras de France.

 

Peux-tu revenir sur ce qui a provoqué chez toi l’envie de proposer la création d’un opéra-cirque à la Cie Feria Musica ? Qu’attends-tu de cette rencontre du cirque avec l’opéra ?

J’ai découvert le travail de Feria Musica il y a quelques années grâce à Marc Dhéliat et Guiloui Karl co-directeurs du pôle des arts du cirque de Nexon en Limousin. En association avec eux l’Opéra Théâtre a reçu « le Vertige du Papillon », puis « Infundibulum ». A ces occasions j’ai été saisi par l’intrication de la partie musicale dans le travail de la compagnie. Dans mon esprit cela la prédisposait donc à travailler pour l’opéra. Devenu entre-temps directeur, j’ai tout d’abord proposé à Philippe de mettre en scène (en cirque) une production d’opéra du répertoire. Eu égard à l’investissement que représentait un tel projet pour peu de diffusion dans l’économie de l’opéra, Philippe a su rapidement me convaincre de s’engager dans une création originale qui mêlerait étroitement la voix lyrique et les arts du cirque. Je crois qu’il en avait l’envie depuis un moment. Au fond c’était probablement la meilleure option pour que le travail circassien ne soit pas simplement illustratif, comme cela est souvent le cas lorsqu’il intervient à l’opéra. Cela permettait également de diffuser largement ce spectacle grâce au réseau important de Feria Musica.

 

Que représente l’engagement de l’Opéra de Limoges dans un tel projet ? Quel rôle joue l’Opéra en tant que coproducteur majeur ?

La création fait partie de notre mission. Notre cahier des charges prévoit que, ponctuellement, nous puissions faire appel à des équipes artistiques extérieures pour des projets créatifs. Il dispose également que nous devons travailler en synergie avec les acteurs locaux ou régionaux. Ce projet qui croise les formes opératiques et circassiennes mais aussi l’écriture francophone, ouvrait donc la voie à une collaboration avec nos collègues du Pôle Cirque de Nexon et du Festival des Francophonies. Je dois dire que j’ai reçu un très bon accueil de Marc Dhéliat et de Marie-Agnès Sevestre (directrice du Festival des Francophonies). Chacun a su y trouver une place conforme à ses ambitions et à ses moyens. A l’Opéra Théâtre le soutien à l’écriture opératique (livret, musique), à nos collègues le soutien à la première diffusion à Limoges.

 

Peux-tu évoquer les artistes associés au projet (Laurent Gaudé, Fabrice Murgia, Kris Defoort, Vocaal Lab), comment perçois-tu ces choix ? quel regard portes-tu sur leur travail ?

A l’opéra, le choix des artistes du générique est bien souvent l’apanage des directeurs. Concernant l’écriture du livret nous étions d’accord d’emblée avec Philippe. Laurent Gaudé est un auteur que j’affectionne en raison de sa capacité à emporter le lecteur dans une poétique universelle à partir d’une réalité souvent âpre. Cette modalité est à nouveau présente dans la pièce par le truchement du personnage de Daral Shaga qui lui donne son titre. Pour les autres artistes, j’ai fait quelques propositions mais finalement j’ai décidé de faire confiance aux choix proposés par Philippe. Et je dois dire que je ne suis pas déçu. Le parcours musical polyvalent  de Kris est un atout. Il est très ouvert et nous avons pu échanger sur le format musical et vocal. Les artistes de Vocaal Lab sont rompus au théâtre musical dans lequel l’engagement du corps n’a d’égal que l’engagement vocal. Enfin, Fabrice est la belle trouvaille de ce projet. J’ai pu constater sa capacité à fédérer tous les autres. C’est essentiel dans cette affaire ou le risque d’un « collage » artificiel des modalités artistiques est important. Au final ce spectacle sera ni opéra, ni cirque, il sera lui-même.

 

Qu’aimerais-tu ajouter ?

Au risque de paraître un peu conformiste, je veux dire qu’une fois encore la rencontre des personnes et de leurs désirs est au cœur de cette création. Pour conclure, j’aimerais emprunter  à une amie metteure en scène, qui se reconnaitra et qui j’espère ne m’en voudra pas, une très belle formule : « Créer c’est préférer mourir d’amour que de mourir d’ennui ».