Acrobates54

Porteur, Plume

sept 03 2014 Sophie Tessier

MarkNotre blog fait sa rentrée : entretien avec Mark Pieklo, partenaire de Laura Smith au cadre coréen et main-à-main, hawaïen aux racines polonaises qui s’est rêvé jongleur avant de devenir porteur.

 

Comment as-tu débuté le cirque ? Et quel a été ton parcours ?

J’ai commencé par la jonglerie à l’école de loisirs lorsque j’étais au lycée et c’est en fac de mathématiques que j’ai réalisé que j’en ferais mon métier. Je suis entré à l’Ecole de Cirque de Montréal, pensant devenir jongleur. Mais la 1e année nous permet d’apprendre plusieurs disciplines et c’est là que j’ai découvert le rôle de porteur. Quand tu es jongleur, tu es dans ton coin, personne ne s’occupe de toi. Les agrès aériens m’attiraient beaucoup parce que c’est très physique. Et lorsque j’ai rencontré Laura qui finissait son cursus en trampoline, on a choisi de travailler tous les deux. Elle a donc signé pour une année d’étude supplémentaire avec moi au cadre coréen. A la sortie de l’école, on a été engagé à droite à gauche, par des compagnies de théâtre et de danse, par le Zoo de San Diego, par les sociétés d’événementiel et par des festivals très traditionnels, d’autres plus contemporains. Le cadre coréen est une technique lourde, c’est difficile de trouver des contrats, surtout pour les événements corporatifs où le temps de montage peut être un obstacle.

Après cette période de contrats irréguliers, on a rencontré le Cirque Plume, nos deux univers se sont bien connectés : on a passé 12 ans sur les routes avec le spectacle Plic Ploc puis L’Atelier du Peintre.

 

Comment as-tu accueilli la proposition de retravailler avec Feria Musica ?

Je travaillais en Belgique par hasard sur un événement et j’ai rencontré Philippe qui recherchait des artistes au cadre coréen, c’est tellement rare ! Le projet m’intéressait beaucoup, surtout par la rencontre avec l’opéra.

 

Comment se passe le travail aujourd’hui ?

Je pense que Fabrice a des idées très claires, il est efficace, déterminé. C’est très agréable de travailler avec quelqu’un qui voit tout de suite ce qui marche, ce qui ne marche pas et sait ce qu’il veut. C’est très stimulant. Même si Fabrice ne vient pas du milieu circassien et ne connaît pas nécessairement toutes les contraintes techniques, le travail se met en place et avance parce qu’il est très organisé.

 

Que t’évoque le thème de l’exil, de la perte d’identité ?

Cela apporte une dimension dramatique qui est nouvelle pour moi (avec Plume, la tonalité des spectacles était plus légère). Et ce thème me renvoie à ma propre histoire familiale, surtout celle de mes grands-parents qui ont vécu la seconde guerre mondiale. Leur village en Pologne est soudainement devenu une partie de l’Ukraine, ils ont été éjectés de leur propre maison et contraints de déménager dans une ville plus à l’Ouest, située alors en Allemagne. C’était un grand choc pour eux, ils se sont retrouvés au carrefour de plusieurs pays, sans pouvoir se rattacher à aucun. Je viens d’une famille où tout a été bousculé plusieurs fois. Mon identité s’est construite là-dessus.

 

© Photo : Hubert Amiel

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