Acrobates54

Travailler sur l’injustice

juin 16 2014 Sophie Tessier

 

AnkeAujourd’hui débute notre série d’entretiens avec les artistes interprètes de Daral Shaga. La première à prendre la parole est Anke Bucher, acrobate généreuse et fonceuse, qui signe là sa troisième collaboration avec Feria Musica.

 

Comment as-tu débuté le cirque ? Et quel a été ton parcours ?

J’ai toujours eu besoin de bouger, ça c’est sûr ! J’ai découvert le cirque grâce à une amie en Allemagne. Puis quand j’ai cherché une école, je n’avais pas envie d’aller vers quelque chose de traditionnel et je voulais parler français.

La formation à l’ESAC a tout chamboulé. J’étais déjà très axée sur la technique, j’aime la maîtrise du corps, le rapport à la douleur me fascine. Je fais partie des gens qui vont plus loin que leurs limites et le cirque n’est pas une activité qui fait du bien au corps. Une école comme l’ESAC te rend plus dur et plus combattant. C’est aussi une période pendant laquelle tu vois plein de spectacles, tu t’ouvres, tu développes un esprit critique.

Après, avec les blessures, tu comprends que tu n’es pas invincible, tu gardes des traces. Aujourd’hui, je dois trouver un équilibre entre mon côté « fonceuse » et le respect de mon corps. Et j’essaie de trouver ma propre manière de dire les choses à travers le mouvement, je recherche plus de sens qu’avant.

 

Comment as-tu accueilli la proposition de retravailler avec Feria Musica, après avoir participé à la création et à la tournée du Vertige du Papillon (2004-2007), puis effectué une reprise de rôle dans Infundibulum (2010-2012) ?

Je ne m’y attendais pas, je  n’y avais pas pensé. Le dossier de présentation m’a donné envie tout de suite : dans mon cœur, c’était clair. La lecture du dossier m’a beaucoup touchée.

 

Comment se passe le travail aujourd’hui ?

Fabrice est impressionnant. Il sait ce qu’il veut et il sait s’entourer de gens qui le suivent. C’est très agréable de travailler comme ça. Fabrice utilise les technologies (caméras, ordinateurs), c’est très ancré dans l’époque actuelle. Il apporte beaucoup de matière, des livres, des documentaires. Et on est chargé de tout ça. Dans la première scène, par exemple, ça me permet de plonger complètement dans l’ambiance, sans jouer un rôle mais en m’approchant de ce qui pourrait être un personnage.

 

Que t’évoque le thème de l’exil ?

J’ai eu des problèmes avec ma carte de séjour il y a longtemps quand j’arrivais d’Allemagne, l’Europe c’est beaucoup de grands discours… Mais c’est anecdotique, je suis privilégiée en étant allemande.

Je suis passionnée par l’être humain, j’ai envie d’aider, de changer les choses, de faire avancer, de travailler sur l’injustice. Je suis née ici et j’ai une vie incroyable. Dans un autre pays, je ne serais peut-être même pas née à cause de mon sexe ou je serais censée obéir à quelqu’un toute ma vie, sans jamais apprendre à lire ou écrire. Les gens qui viennent ici clandestinement déploient une force impressionnante. C’est important pour moi que le spectacle transmette ce message.

 

Photo © Hubert Amiel

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