Entretiens32

Tristesse parallèle

nov 04 2014 Sophie Tessier

_DSC4028-nef_1000px(R)_webOptimEntretien avec Jean-Philippe Poncin, clarinettiste du hasard et de l’ancien, touché par la force du collectif.

 

Comment as-tu débuté la musique, quel a été ton parcours ?

Je suis devenu musicien par hasard, j’ai suivi un chemin sans objectif particulier. J’ai commencé la musique quand j’étais petit et j’ai toujours voulu continuer. Le choix de la clarinette est un peu dû au hasard. C’est le type qui dirigeait la fanfare dans notre village qui a choisi finalement.

Puis j’ai suivi la voie classique, j’ai été au conservatoire, j’ai continué la clarinette sans trop me poser de question. Quand je suis sorti, j’ai rencontré Dick Van der Harst qui travaille pour Lod à Gand, et je l’ai rejoint pour plusieurs productions.

Ensuite je me suis plongé à 100% dans les tubes des instruments anciens. J’ai fait des recherches, rencontré des facteurs d’instruments. Aujourd’hui, je suis majoritairement musicien classique freelance dans des orchestres de musiques anciennes.

Ce qui me plait dans cet instrument en lui-même c’est ce son de anche. Il correspond bien à ce que je veux exprimer, un son à la fois très doux, très grave, ou très aigu, très joyeux ou très triste. C’est un instrument qui a beaucoup de couleurs et de possibilités expressives. Mais le côté mélancolique persiste, malgré le style de musique que tu joues. André Grétry (compositeur franco belge) dit : la clarinette exprime en mieux la douleur et même quand elle exécute des airs gais, elle y mêle une certaine teinte de tristesse. Et même quand c’est festif et joyeux, j’aime encore cette teinte de tristesse.

 

Es-tu lié à une formation musicale ?

J’ai une préférence pour la musique de chambre, c’est un peu ce qu’on fait ici. J’ai mon propre ensemble, Wolf, constitué autour de la musique pour vent au 18ième siècle, on joue principalement des œuvres de Mozart, Beethoven.

 

Comment as-tu accueilli la proposition de travailler pour Daral Shaga ?

Au départ je trouvais étonnant de mélanger l’opéra avec la vidéo, les acrobates, la musique, le chant. Je connaissais les 2 autres musiciens et la sonorité que peut dégager un tel trio violoncelle-piano-clarinette est intéressante. Je ne connaissais pas vraiment la musique de Kris, mais j’étais curieux de découvrir sa manière d’écrire pour ce genre de formation, de lier les voix.

 

Comment se passe le travail au quotidien ?

Je trouve ça très beau ; comme dans un orchestre symphonique par exemple, comment on peut être 40 personnes, 40 personnes dans leur propre recherche, dans leur propre travail, et chacun va donner le meilleur pour le projet. Ici, je trouve ça encore plus fort parce que c’est multi disciplinaire et chaque recherche est très particulière.

Au niveau de la partition, je sens que Kris fait très bien la synthèse entre la musique jazz et la musique classique contemporaine, avec sa manière d’écrire de la musique savante. Les chœurs sont très beaux, l’orchestration est très bien faite. Il utilise vraiment les couleurs des instruments, les tessitures des voix, il met tout ensemble avec beaucoup de finesse.

 

Que t’évoque le thème du spectacle, la perte d’identité, l’exil ?

C’est quelque chose de très actuel et c’est vrai qu’on vit dans un cocon protégé ici. Etre plongé dans un tel spectacle ramène les choses devant les yeux. On fait un très beau métier, mais parfois on oublie la réalité, on vit dans un monde parallèle, c’est vraiment particulier. Pouvoir se recentrer sur ces questions, c’est important.

 

© Photo Hubert Amiel

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