Entretiens32

Et tout le bazar

déc 12 2014 Sophie Tessier

_DSC4008-nef_1000px(R)_webOptimEntretien avec Lode Vercampt, violoncelliste multi-instrumentiste originaire de Gand, élevé au milieu des violons, du piano, de l’accordéon, du chant et de la poésie, là où la musique ne s’arrête jamais.

 

Qu’est-ce qui t’a amené vers la musique ?

Mes parents ! J’ai commencé à l’âge de 3 ans à jouer un peu de piano. Puis mon père m’a donné un petit violoncelle quand j’avais 5 ans. Et là c’est parti, j’ai toujours trouvé ça assez facile de jouer, un vrai plaisir. A 10 ans, j’ai ressenti les premiers doutes…

 

Jouer du piano à 3 ans, c’est plutôt précoce ?!

Il y avait un piano à la maison. J’ai 3 sœurs plus grandes que moi, elles jouaient toutes de la musique. Gudrun joue du piano, du violon et chante. Katleen joue du violon, Nele joue du piano. J’ai toujours baigné dans la musique. Mon père chante et joue de l’accordéon, plutôt de la musique folk. Ma mère, c’est les livres, la poésie et la musique classique.

 

Tu parlais de doutes à l’âge de 10 ans ?

Oui, j’avais remporté un concours de solistes à Bruxelles, et pour la première fois, je devais jouer en live à la radio et j’ai fait une erreur. Faire une erreur alors que beaucoup de monde t’écoute… Je me suis senti en danger pour la première fois alors que j’avais toujours été très cool. Mais j’ai continué à jouer, j’ai fait d’autres instruments, de l’accordéon, de la basse et tout le bazar.

 

Et pourquoi le violoncelle est resté ?

C’était vraiment mon instrument principal. Tout le reste, c’était comme ça : tu joues de la guitare électrique parce que tu as 14 ans et que tu ne veux pas jouer du cello, tu veux faire d’autres trucs, du rock, du jazz et tout le bazar. Mais j’ai toujours continué parce que j’avais une très bonne professeur, très rigide, classique, qui ne laissait pas de liberté, pas de place à l’improvisation. J’ai débuté l’impro avec les autres instruments. J’ai étudié au Conservatoire avec France Sprinquelle et Ilja Laporev à Gand. Et là seulement j’ai commencé à improviser le cello, avec tous mes amis qui jouaient du jazz, mais j’ai toujours gardé les deux directions (classique et jazz). Puis je suis tombé sur Kris Defoort, mais ça fait longtemps ! Avec Musique LOD, on a fait The woman who walked into doors, Dreamtime. Et c’était parti…

J’ai toujours été prêt à être musicien, j’ai toujours été bien avec ça. Pour le reste, tout le monde pensait que j’étais un peu fou mais quand je jouais du cello, tout le monde disait « Waouh ».

 

Qu’est-ce que tu ressens quand tu joues ?

C’est difficile à dire, c’est une autre langue, pas avec des mots, pas avec des émotions, pas avec des images. C’est différent si tu joues ta propre musique ou celle des autres. Moi, je joue plus du free, mon dernier projet c’était 6h d’impro avec une plante qui bouge, et là tu apprends vraiment beaucoup, tu oublies que quelqu’un écoute, c’est presque une méditation. Quand tu improvises si tu es trop conscient du public et de ce que tu veux faire, ce n’est pas bien … J’ai des copains qui jouent beaucoup dans la rue, des semaines, des mois, c’est là que tu apprends. Quand j’avais 18 ans, j’ai joué pendant 2-3 ans avec des potes dans la rue, on improvisait, c’était super. Maintenant j’ai 40 ans, et je dois gagner ma vie. Mais tu dois continuer à chercher, quand tu joues de la musique, ça ne s’arrête jamais, pas de retraite ! Tu restes jeune à l’intérieur. Je pense toujours qu’à l’âge de 70 ans j’écrirai mon premier opéra ! Cinq ans au Conservatoire, ce n’est rien, c’est après que ça commence. Je continue à étudier, à chercher, c’est le but de ma vie. J’aime bien écrire mais je n’en suis pas encore là, ça prend du temps.

 

Pour le moment, tu travailles beaucoup ?

Comme je suis dans le classique et l’impro, j’ai du travail. Tu dois être dans les deux. Ça fait aussi 6 ans que je donne cours, j’ai 22 élèves, le plus jeune a 5 ans, le plus vieux en a 68.

 

Quels projets t’ont le plus marqué ?

Les trucs les plus intéressants, c’est mes propres trucs, les impros, les solos, les duos, les trios… Il y a 2 ans j’ai aussi vraiment joué un rôle, la première fois avec du texte et tout le bazar, c’est super intéressant. J’ai joué un personnage, c’est un autre monde, un autre métier. C’était assez lourd, j’ai écrit la musique et joué un rôle avec des grands et très bons acteurs, la pièce s’appelait Alexei, au Het Paleis, pour le jeune public, 3h de spectacle.

 

Et Daral Shaga ?

Quand Kris m’en a parlé, j’étais content de retrouver Fabian et Jean-Philippe. Jean-Philippe, je le connais depuis très longtemps, j’ai travaillé avec lui pour Musique LOD dans 2 spectacles avec le compositeur Dick van der Harst. Et Fabian a composé aussi la musique de Yerma, production dans laquelle je jouais de la guitare électrique.

J’étais aussi heureux de devoir interpréter la musique de Kris et d’être dans une coproduction avec des acrobates. J’aime bien les mélanges. La création était super gaie. C’est juste jouer de la musique ! J’ai fait d’autres projets où j’étais plus impliqué dans les décisions. Ici, c’est relax !

 

Que t’évoque le thème de l’exil ?

Ça me touche, c’est un thème lourd. Moi j’ai toujours été très bien là où je suis. J’ai fait beaucoup de voyages et rencontré des gens qui vivaient des choses tristes. J’ai toujours eu la chance de pouvoir revenir chez moi, à la maison. Pour les gens sans « chez eux », c’est très triste.

 

© Photo Hubert Amiel

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