Acrobates54

Respirer autrement

juil 01 2014 Sophie Tessier

André

Entretien avec André Rosenfeld Sznelwar, partenaire de Renata do Val, avide d’expériences, de spectacles, de transgression…

 

Comment as-tu débuté le cirque ? Et quel a été ton parcours ?

Je faisais beaucoup de sport, mais la compétition me posait problème, je n’y prenais pas plaisir. En 2005, j’ai essayé le cirque à Sao Paolo grâce à une amie. J’ai fait toutes les initiations, cette approche physique m’intéressait, la notion de danger, d’équilibre, et la bonne ambiance ! C’est une activité complète qui va au-delà du physique, avec une idée de transgression. Et vivre la sensation de dépasser une peur est agréable : tu respires autrement, ton cœur bat différemment.

J’ai essayé 6 mois de formation professionnalisante mais j’ai arrêté pour tester des cours d’acrobatie, de danse, à gauche à droite. Et je suis parti à la recherche de la bonne école qui m’offrirait tout ça. J’avais envie de partir. Avec Renata, nous avons pris des cours particuliers de main-à-main à Montréal puis sommes partis pour les sélections en Europe.

 

Comment as-tu accueilli la proposition de travailler avec Feria Musica pour Daral Shaga ?

En 2007, Feria Musica était au Brésil avec le Vertige du papillon et c’était resté une référence pour moi. Donc quand on a reçu la proposition, j’étais très enthousiaste et impressionné par le mélange de plusieurs formes d’expression qui se complètent pour traiter d’une sensation humaine puissante : la perte d’identité.

 

Comment se passe le travail aujourd’hui ?

Déjà, je ne conçois pas le cirque comme l’unique façon de m’exprimer, je ne me restreins pas à ça. Et ici, on se nourrit vraiment de différents outils, tout le monde crée avec son outil, où que tu sois, tu te retournes et ça grouille, quelqu’un est là, en train de travailler dans le même but que toi…

 

Que t’évoque ce thème ?

Ça fait partie de mon parcours : quand je suis parti du Brésil, quand mes grands-parents sont partis de Pologne. Il y a eu plusieurs départs dans mon histoire personnelle, des silences. Ce questionnement par rapport à ma propre identité est en train d’éclore.

Au début, je suis parti dans une aventure, je ne voyais pas les conséquences du départ. Ça a pris corps petit à petit, tu te dis que tu commences à faire comme on fait en Europe, pas comme on fait au Brésil. Mais je ne suis pas nostalgique.

Une de mes grand-mères est venue après la guerre, elle n’en a jamais parlé mais on a trouvé un journal après sa mort, où elle écrivait ce qui se passait jour après jour, c’était étrange de lire ça après. Mes autres grands-parents sont partis très jeunes (3-4 ans), ils ont été marqué par le début de leur vie au Brésil, mais n’ont plus rien à faire en Pologne. Quand je leur ai demandé une lettre pour obtenir un passeport polonais, ils ne voulaient pas et ne comprenaient pourquoi je voulais créer un lien avec un pays qu’ils ont fuit. C’est toujours bizarre pour moi d’avoir demandé cette nationalité d’un pays qu’on a laissé de côté.

 

© Photo : Hubert Amiel

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